
Lundi dernier, j’ai eu l’opportunité de présenter notre projet à un membre du comité d’investissement d’un fond relativement important (>20M€). Une expérience pour le moins troublante que je ne résiste pas à partager avec vous :-)
Notre rencontre a très bien commencé, de manière informelle dans un bar près de l’Apple Store Opéra: Le Prélude. Le courant est toute suite bien passé, les bières coulaient à flot. Comme en Speed Dating, le but est d’en savoir le plus possible sur la personne avant d’aller plus loin, c’est la grande exploration avec un peu de rationnel mais surtout beaucoup d’émotionnel… exercice difficile pour le geek que je suis. Deux personnalités complètement différentes avec à priori des intérêts partagés se rencontrent pour la première fois… c’est toujours un moment passionnant et d’une extrême intensité.
J’ai eu le sentiment que cela valait la peine d’aller plus loin avec cette personne (une sensation rare, surtout depuis la rencontre de mes premiers actionnaires qui ont placés la barre si haut qu’il est quasiment impossible de revivre la même chose, j’ai imaginé). Innocent optimiste, j’ai pensé qu’une amitié était peut-être en train de naître. Le lendemain, je réalise donc que si je ne reprend pas contact maintenant, les souvenirs vont rapidement se dissiper, et contrairement à Cendrion, je n’ai pas laissé une pantoufle de verre pour qu’on puisse me retrouver:
Romain:
Bonjour « Monsieur XXX »,
Merci pour ce pot hier au Prélude. J’ai apprécié notre rencontre… et ce
serait génial de rester en contact.
Comme nous l’avons évoqué, notre entreprise est en amorçage et proche de l’équilibre depuis Juin 2011. Bien que nous ne recherchons pas activement de nouveaux partenaires financiers actuellement, je serai ravi de présenter easyCity à vos équipe « Fond XYZ » (muni de quelques slides) pour avoir vos retours et, je l’espère, quelques bons conseils pour la suite.
Le prélude d’une aventure excitante ?
A bientôt,
Romain
Monsieur XXX:
Entendu pour t’écouter formellement Romain mais c’est prématuré d’organiser cette présentation au comité de gestion, je pense.
A ta disposition
Monsieur XXX
Romain:
Oui, gardons cette ligne de mire.
Nous avons de très bonnes relations avec notre petit noyau d’actionnaires actuel (Gilles, Didier, et Guy) qui m’aident beaucoup et me font grandir chacun avec des axes différents. Je suis aussi convaincu que notre business, tel qu’on est en train de le concevoir à beaucoup plus potentiel que la simple photo du CA actuel. C’est pourquoi j’aimerais commencer à ajouter à ce noyau (qui est extraordinaire), une dimension plus structurée que votre organisation semble pourvoir apporter.
J’ai retrouvé aussi la dimension éthique, et plus important encore, la confiance nécessaire à la maturation et à la montée en puissance d’un projet dans les meilleures conditions.
Une présentation, en comité de gestion ou non, serait une première étape pour rester en contact et m’orienter vers la meilleure direction possible. J’ai besoin de comprendre ce que vous aimez et si je vais aimer aussi
Très cordialement,
Romain
Monsieur XXX:
Entendu. J’amie bien ta dernière phrase.
Le lundi 2 avril à 17 heures chez nous ?
Bien à toi
Monsieur XXX
Bingo… Next step, le pitch !

Je prépare donc ma prés’ (comme on dit) et mon plus beau costume pour me rendre fièrement dans ces jolis bureaux haussmannien du 8ème arrondissement de Paris. Réaliste, mes attentes et mes espérances étaient placées volontairement à zéro. Mon seul objectif affiché était de partager un bon moment (à la fin de la journée, nous sommes tous des enfants qui aiment s’amuser).
Le mec se foutait royalement de moi et du projet en réalité (avant même de l’avoir entendu, quelque chose ne rentrait pas dans ses cases). Je l’avais pressenti. Contrairement à la première impression que nous avions eu, il était même volontairement désagréable pour me déstabiliser. C’était la dictature du numéro de page (des points subjectifs sur la forme ont pris le dessus sur le fond et la stratégie). Pas de plan, pas de support papier, histogramme en 3 dimension au lieu de 2 (et en couleurs aussi… ce qui visiblement était discutable). Vraiment, on était pas à la hauteur aujourd’hui. Ce fut un clash total (propre et rapide) d’un commun accord.
Avec le recul, j’ai adoré la façon dont cela s’est terminé. Lorsque les choses se passent comme cela, je crois qu’il ne faut surtout pas chercher à convaincre l’autre de quoi que ce soit sur le moment et encore moins après. Lorsque les différences de culture sont si fortes, il faut savoir accepter que c’est définitif, qu’il n’y aura pas de deuxième fois, pas de retour en arrière possible. C’est ce qu’il y a de plus sain. Que préférez-vous? Etre tué d’une balle dans la tête ou de 5 balles dans le ventre :-) Une petite mort pour renaître encore plus fort, consolider ce que l’on a et mieux savoir ce que l’on veut.
C’est en général une mauvaise idée d’accepter l’argent d’un investisseur avec qui on est pas dès le départ complètement en phase.
La vrai question est: Qui voulez-vous vraiment avoir comme investisseur dans votre entreprise ? Il faut fonctionner à l’envers… pas aller lever de l’argent auprès du fond XYZ parce qu’il vont payer telle ou telle valorisation. Partager quelque chose de fort avec vos associés est très important, en particulier dans les moments difficiles, les actionnaires doivent avoir des convictions.
